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La bataille de l’eau ou les mésaventures de Coca et Pepsi en Inde

2006-08-31



Depuis le début du mois d’août 2006 six états de l’Inde ont interdit les boissons de Coca-Cola et Pepsi-Cola. Cette interdiction fait suite aux résultats d’une étude menée par le Centre for Science and Environment qui ont montré sur 11 boissons des taux de pesticides supérieurs de plus de 30 fois aux normes européennes (max 0,0001mg/l).





Le problème est qu’il n’existe aucune norme officielle en Inde concernant ces boissons. Le Prevention of Food Adulteration Act de 1954 punit la fabrication de produits non conformes aux normes légales sans préciser ces normes…L’inclusion de l’eau dans le champ du PFA est à l’étude depuis 1995…Quant aux 17000 normes édictées par le Bureau of Indian Standards seules 1% sont obligatoires… Bien entendu les deux multinationales ont contesté ces résultats et fait redoser les analyses par un laboratoire de leur choix qui a, comme il se doit, trouvé des taux bien plus satisfaisants… Cette crise entre les multinationales américaines et le gouvernement indien n’est pas nouvelle : en 1977 Coca-Cola avait déjà été expulsé, pour revenir en 1993 lors de l’arrivée de Pepsi ! Cette fois la Cour Suprême de l’Inde a donné 4 semaines aux fabricants pour donner les détails de la composition chimique de leurs boissons et inscrire d’éventuelles mises en garde. Les raisons de cette bataille sont nombreuses. Les 3 principales sont les suivantes : 1. La réelle toxicité des pesticides contenus dans ces boissons : en particulier les lindane, DDT, chloropyrifos (organophosphoré) et malathion (inhibiteur de la cholinestérase). Tous carcinogènes et certains tératogènes. Seule la nanofiltration (sur membranes aux pores de diamètre de l’ordre du nanomètre) permettrait l’éradication de ces pesticides. Elle est bien trop coûteuse pour ces compagnies. 2. Le monopole de Coca et Pepsi qui représentent plus de 90% des boissons non alcoolisées vendues en Inde. 3. Le fait que ces multinationales pompent de l’eau de façon démesurée dans toutes les nappes phréatiques.



C’est cette troisième raison qui est la plus intéressante. Car les pesticides sont malheureusement présents partout en Inde qui doit nourrir un milliard d’individus avec un territoire grand comme 6 fois la France. D’ailleurs le directeur adjoint du Conseil indien de recherche agricole, M. O.P. Dubey a récemment déclaré au Times of India : « Il ne faut pas avoir peur des pesticides. Grâce à eux nous sommes autosuffisants. ». L’inde en a d’ailleurs répandu près de 7.000 tonnes l’an passé. Le monopole des deux multinationales américaines agite surtout les politiciens de partis nationalistes qui ne supportent pas qu’un marché de plus d’un milliard de dollars échappe à l’Inde. En revanche l’utilisation intensive des nappes phréatiques pour fabriquer ces boissons est coupable. Rappelons qu’il faut 9 litres d’eau potable pour fabriquer un litre de Coca. Cette bataille de l’eau a débuté en 2000 près de l’usine Coca-Cola de Plachimada (Kérala). Les femmes de cette localité ont commencé leur mouvement de protestation peu après l’ouverture de l’usine, quand la multinationale s’est mise à pomper l’eau dans plus de 6 puits avec des pompes ultra puissantes. Résultat : le niveau des nappes phréatiques a baissé de plus de 100 mètres en quelques mois. De plus Coca-Cola rejetait les eaux souillées dans des forages à sec contribuant ainsi à polluer le peu d’eau qu’il restait. Ainsi 260 puits creusés par les autorités pour l’eau d’alimentation des habitants furent asséchés. En 2003 les autorités de Plachimada ont informé les habitants que la pollution de l’eau la rendait impropre à la consommation. Ce même « hydropiratage » s’est produit à Jaipur, à Bénarès et dans beaucoup d’autres localités. Ceci probablement grâce à des manœuvres de corruption visant à se concilier les bonnes grâces des autorités locales. La parade à cet « hydropiratage » semble donc s’être déplacée sur le plan de la sécurité sanitaire. C’est désormais une des constantes de ce type de crises où les « petits » passent par le risque sanitaire pour faire plier les « gros ».


En Inde 400 millions de personnes n’ont pas accès à l’eau potable et 20 % de la population urbaine, dont la proportion augmente , n ’a pas l’eau courante. La réglementation est quasi inexistante : l’Agence de l’eau pour Calcutta précise que son eau est « potable dans la mesure du possible »…En l’absence de jurisprudence fédérale précise, les risques sanitaires encourus par les indiens (16 % de la population mondiale) ne relèvent d’aucune responsabilité.


Après la bataille de l’énergie (pétrole, gaz, nucléaire) nous allons très vraisemblablement assister à la bataille mondiale de l’eau. C’est déjà le cas dans certaines régions du Monde comme le Golan, l’Asie centrale ex-soviétique, les sources du Mekong, la haute vallée du Nil. Voir aussi Les manifestations contre le site minier de Carachugo au Pérou exploité par la société américaine Newmont Mining. Cette bataille va se généraliser avec la croissance démographique et l’élévation des demandes.



PS : La nomination à la tête de Pepsi-Cola d’Indra Nooyi, indienne originaire de Madras, doit-elle être interprétée comme une simple coïncidence
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