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Le mouton de l'Aîd entre 38 000 et 40 000 dinars

2012-10-15

Le prix du mouton est inaccessible


Le mouton de l'Aïd est devenu ces derniers jours la tourmente de tous les pères de famille qui ne savent plus à quel saint se vouer pour satisfaire, avant tout, leurs enfants. Cette année, malgré la disponibilité du cheptel, les prix affichés ont déjà découragé plus d'un.

A quelques jours de cette fête, le mouton reste inaccessible, néanmoins pour les petites et moyennes bourses, taries au préalable par le mois de Ramadhan, la fête de l'Aïd et la rentrée scolaire. Autant de dépenses en un temps si court qui a poussé certains à s'endetter pour joindre les deux bouts.

Une tournée dans les marchés de bétail à Tlemcen et Sebdou, considérés comme les plus importants de la wilaya, nous a permis de nous rendre compte de cette cherté que les éleveurs estiment «justifiée» et «injustifiée» de l'avis des responsables des services agricoles de la wilaya de Tlemcen qui trouvent dans ces prix très élevés par rapport au poids du cheptel «une forme de spéculation de la part des maquignons et des intermédiaires».

Les impressions des citoyens restent partagées sur cette flambée des prix. Pour les uns «le marché du cheptel est anarchique en Algérie et n'obéit à aucune réglementation, ni régulation comme c'est le cas des viandes qui ont dépassé les 1200 dinars le kg».

Pour les autres «ce sont les spéculateurs qui sont à l'origine de ces prix inaccessibles. En l'absence du contrôle de l'Etat, ces personnes amassent des sommes colossales sans verser le moindre dinar au Trésor public et de ce fait ils sont dans l'informel et doivent être combattus par le biais d'une organisation du marché du cheptel». Mais pour les éleveurs, «le prix du cheptel obéit à plusieurs facteurs liés à l'inflation des prix de l'aliment du bétail et des médicaments vétérinaires».

Pourtant, la bonne récolte céréalière de cette année a mis tous les éleveurs à l'abri du besoin et les prix de ces produits n'ont connu, selon les responsables de l'agriculture, aucune fluctuation. A titre comparatif, un mouton qui coûtait l'année dernière entre 20 000 et 25 000 dinars est proposé entre 38 000 et 40 000 dinars soit une augmentation de plus de 50%. Quant aux moutons de poids moyen ayant entre 25 à 30 kg de viande, leur prix varient entre 50 000 et 60 000 dinars.

Les béliers à «cornes doublement retournés», comme on dit dans le jargon des éleveurs, et destinés généralement à ceux qui ont les moyens et peuvent se permettre des «folies exhibitionnistes» ont atteint des prix surréalistes et inimaginables de 80 000 dinars et plus. Jamais, d'après les personnes interrogées et au fait de ce marché, «le cheptel n'a atteint ce cours», qu'elles considèrent comme «aléatoire» et qui va connaître à l'approche de l'Aïd «des réductions plus que conséquentes».

Nous avons suspecté la contrebande avec le Maroc d’être derrière cette flambée des prix mais le commandement de la Gendarmerie nationale est catégorique : «Contrairement aux années précédentes, le cheptel qui est passé de l'autre côté de la frontière est presque insignifiant et toutes les tentatives des contrebandiers ont été déjouées et les têtes de cheptel saisies».

Donc rien ne justifie les prix pratiqués. Un vieil éleveur, Hadj Ramdane Mohamed, 86 ans, a tenu à nous extirper de notre cauchemar en affirmant que «le mouton est bradé lors des périodes de sécheresse mais dès que Dieu nous accorde sa bénédiction et vient au secours des hommes et des bêtes avec des pluies abondantes, l'avarice gagne l'être humain qui se dit à l'abri du besoin et donc la vente de son cheptel ne devient plus une nécessité vitale.

C'est pour cela que les prix proposés sont très élevés mais les éleveurs sont contraints de vendre une partie de leur cheptel pour amortir les coûts de leur élevage et subvenir aussi à leurs besoins car c'est leur unique ressource.

Donc les prix vont être revus à la baisse dans les prochains jours. Ce n'est qu'une fièvre passagère». Espérons que ce sage a vu juste sinon une bonne majorité de nos concitoyens va devoir outrepasser cette «sunna» qui continue de saigner à blanc beaucoup d'Algériens.


B. Soufi            Le Temps d'Algérie

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