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Transmaghrebine: 'le Maghreb n’a pas de temps à perdre'

2012-04-30

Abdelkrim Harouni : «Notre Maghreb arabe n’a pas de temps à perdre»


La position du Maroc est stratégique et le territoire marocain a un relief spécifique nécessitant un réseau de transport multimodal qui lie harmonieusement les plaines, les chaînes de l’Atlas et le Sahara.



ALM : Les relations économiques entre le Maroc et la Tunisie devraient connaître une forte impulsion dans les années à venir, comment comptez-vous les consolider sachant que votre pays souffre encore de la crise financière après la révolution?
Abdelkrim Harouni : Les relations tuniso-marocaines franchissent une nouvelle étape après la révolution en Tunisie, l’avancée du Maroc et les échanges de visites entre les deux pays. Il y a beaucoup de points communs entre les deux expériences économiques et sociales et la commission mixte se réunira fin mai-début juin. Nous travaillons pour que cette occasion inaugure la relance de la coopération entre nos deux peuples et nos deux pays à tous les niveaux et le secteur du transport sera présent parce que quand le transport va, tout va.

Comment trouvez-vous la collaboration avec votre homologue marocain Aziz Rabbah?
Nous nous connaissons depuis longtemps comme militants pour la défense de la liberté, des droits de l’Homme et de la justice en cohérence avec nos collaborateurs arabo-musulmans. Nous nous sommes réunis pour la première fois comme ministres du transport à la réunion 5+5 qui a eu lieu en Alger. Après, il m’a honoré de m’avoir invité au «Marrakech Air Show». Je l’ai félicité pour les acquis réalisés au Maroc au niveau de l’aviation civile et de l’expérience de l’Open Sky, pour le port en eau profonde Tanger Med et l’avancée des travaux de l’autoroute transmaghrébine ainsi que du projet de LGV dont l’accord a été signé à l’occasion de la réunion 5+5. J’ai également insisté sur la coopération des ministres du transport du Maghreb arabe pour garantir la liberté de déplacement des personnes et des marchandises dans l’intérêt de nos peuples. J’espère bien que nous arriverons prochainement à lever tous les obstacles devant notre développement économique, social et politique et j’espère que le sommet du Maghreb arabe à Tunis fin 2012, concrétisera l’aspiration de nos peuples à la liberté et au développement.

Comment jugez-vous les avancées réalisées par le Maroc en matière d’infrastructure ?
La position du Maroc est stratégique et le territoire marocain a un relief spécifique nécessitant un réseau de transport multimodal qui lie harmonieusement les plaines, les chaînes de l’Atlas et le Sahara, ce qui demande un effort exceptionnel dans le domaine du transport dans l’intérêt économique et social du pays. Ajoutons à cela le choix du Maroc de l’ouverture vers l’Europe, l’Afrique et le continent américain et bien sûr vers le Maghreb arabe. Il y a certainement des acquis, mais il y a aussi beaucoup de travail à faire et nous souhaitons à nos frères marocains plus de réussite pour atteindre un niveau, dans le secteur du transport, digne de la position historique et géographique du pays.

Envisagez-vous des partenariats dans le secteur de l’équipement et du transport?
Certainement, nous voulons pousser encore plus la coopération entre nos deux pays dans le secteur du transport, entre autres, au niveau des équipements, de l’entretien, de la formation et l’échange d’expériences à tous les niveaux terrestre, maritime et aérien. Nous voulons passer à l’action, je suis optimiste quant aux résultats qui ne tarderont pas.

Comment trouvez-vous la performance de Royal Air Maroc par rapport aux compagnies aériennes du monde arabe?
La RAM comme Tunisair est parmi les fleurons de l’aviation civile arabe, africaine, méditerranéenne et sans exagération dans le monde. La RAM a également pris des décisions courageuses qui ont nécessité des sacrifices. Elle a bénéficié du soutien de l’Etat, elle a évalué son expérience pour mieux avancer sur la voie de la réussite surtout au niveau de l’Open Sky et de son activité dans l’Afrique et le continent américain.

À quand l’ouverture de l’autoroute transmaghrébine entre les pays de l’Union?
Nous sommes convaincus que la coopération étroite entre les membres du transport permettra de respecter les délais parce que notre Maghreb arabe n’a pas de temps à perdre.

Que pensez-vous de l’arrivée des islamistes à la tête des gouvernements arabes?
C’est d’abord le choix libre des peuples qu’il faut respecter et le rôle de toutes les forces politiques et les composantes de la société civile d’aider à la réussite du processus démocratique dans notre région pour mettre fin à la dictature et la corruption. Les islamistes, après une longue expérience et de grands sacrifices, ont réussi à trouver un terrain d’entente avec le sens des consensus, du respect du pluralisme et l’ouverture au monde. Cette expérience a réussi au fil des jours à convaincre qu’il n’y a pas de contradiction entre Islam et démocratie et qu’un parti politique à référence islamique peut arriver au pouvoir par la voie démocratique et exercer le pouvoir par la méthode démocratique. Ceux qui sont contre la démocratie, abstraction faite de leur appartenance idéologique, restent une minorité qui ne représente pas l’opinion publique. Dans tous les cas, il faut que le dialogue et le respect de la liberté d’opinion, d’expression, de réunion, de manifestations soient garantis.

À votre avis comment peut-on relancer l’Union maghrébine?
Avant on disait que l’union des pays arabes, après l’échec politique, pourra voir le jour en passant par la coopération économique et commerciale et les échanges entre les pays de la région. Mais les résultats et les chiffres montrent que cette méthode n’a pas abouti et nos peuples ne sont pas satisfaits de la situation. C’est pour cela que je reste optimiste, surtout après la réussite de la révolution tunisienne et de l’avancée des réformes démocratiques dans la région, et à l’occasion du sommet de l’UMA qui se tiendra à Tunis avant la fin de l’année 2012. L’Histoire nous a donnés une occasion qu’on ne doit pas rater pour bâtir notre Union maghrébine sur des bases solides et durables.

Est-ce que l’avènement des islamistes au pouvoir peut changer la réalité du monde arabe?
Les islamistes sont arrivés au pouvoir dans le cadre de l’aspiration de nos peuples à la dignité, la liberté, la justice et dans le cadre de la réconciliation avec notre identité arabo-musulmane. Leur arrivée s’était opérée par la démocratie donc c’est un changement réel et légitime qui se fait de façon légale et pacifique, c’est une première dans le monde arabe. Le changement se fait graduellement et dans le respect du pluralisme sans exclusion. Ce qui veut dire que les islamistes au pouvoir ont donc le droit de mettre en œuvre leurs projets et ont le devoir de réussir pour prouver, une nouvelle fois, qu’ils sont dignes de la confiance des électeurs. Pour cela il faut un programme réaliste et des priorités bien définies, la concertation avec les compétences de l’Etat et de la société civile, et du temps parce que l’héritage est lourd. Je suis convaincu que le monde arabe, avec les islamistes au pouvoir, sera meilleur.

Fallait-il attendre l’immolation par le feu de Mohamed Bouazizi pour changer le système de Ben Ali?
La révolution est l’aboutissement d’une longue marche de lutte contre la dictature et la corruption.
Le peuple tunisien a fait de grands sacrifices traduits par un grand nombre de martyrs, de prisonniers politiques et d’exilés. Avec la dégradation de la situation sociale et l’absence de toute autre solution de changement de l’intérieur des institutions de l’Etat ou par des élections démocratiques, l’ultime espoir de notre peuple contre l’Etat policier était un soulèvement général. Il y a eu des événements à Gafsa en 2008, d’autres à Ben Guerdene en août 2010 et à la troisième occasion, le décès de Mohamed Bouazizi et le soulèvement de Sidi Bouzid ont conduit à la révolution de notre peuple contre la dictature.

Deux ans après la chute de Ben Ali, où va la Tunisie?
Le peuple qui a réussi, en une seule année, à faire une révolution pacifique, des élections libres, une Assemblée constituante démocratique, un gouvernement de coalition élu et un Budget, est capable de résoudre le reste des problèmes de la phase post-révolution. La deuxième année, nous travaillons pour relever les défis économiques et sociaux et après trois mois seulement et malgré la tension sociale légitime, la situation générale se stabilise et les indicateurs économiques dans le tourisme, l’investissement et la sécurité augmentent. Notre gouvernement va présenter un programme détaillé à l’Assemblée constituante avec un Budget complémentaire et une loi de Finances. Il y aura un débat libre et responsable qui permettra à la Tunisie, avec toutes ses composantes, d’inaugurer une nouvelle étape pour réaliser la relance économique et répondre aux revendications sociales de la jeunesse et de toutes les régions du pays et de préparer la première élection libre d’un Parlement tunisien dans le cadre de la nouvelle Constitution.


Houda El Fatimi            Aujourd'hui le Maroc

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