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L'Oranie historiquement proche de la Syrie.

2011-08-20

La Syrie plus proche que jamais



Un nom mythique : Bilad Echam, littéralement le «pays de la main gauche», une région dont l’Histoire se confond avec les premières civilisations et qui, au vu de sa situation géographique exceptionnelle, a connu depuis l’antiquité un brassage de peuples et de cultures des plus féconds. Cananéens, Phéniciens, Araméens, Hébreux, Perses, Grecs, Arabes, pour ne citer que ceux là, ont marqué de leurs passages cette partie du monde, en y édifiant des royaumes, puis des Etats, souvent au centre de conflits majeurs et décisifs, mais aussi centre de savoir et de production intellectuelle. Au-delà de la simple joie de l’érudition, se pencher sur l’Histoire de Bilad Echam nous concerne à plusieurs degrés. Ce que nous pourrions apprendre sur nous même, ce qui pourrait éclairer sur notre propre Histoire est incontournable, si ce n’est primordial. C’est ce qu’a tenté de nous faire partager M Kamel Bouchama, jeudi dernier, lors des désormais habituelles conférences de la Kheïma de solidarité de la Tribune. Avant cela, il y a un livre, les Algériens de Bilad Echam,
éponyme du titre de la conférence, et dont M Bouchama a voulu nous communiquer les principales réflexions.

Des algériens, dont certains sont des «icônes» historiques, à l’instar de Sidi Boumediene ou de l’Emir Abdelkader, ou d’autres, ancêtres anonymes, chroniqueurs, hommes de religion ou de science, exilés, volontaire ou non, de la colonisation, paysans, militants nationalistes, ont partagé, à une époque ou une autre, le destin des peuples de cette région. Certains sont allés jusqu’à s’installer définitivement dans la région en y édifiant des villes et des villages, en gardant de génération en génération leur langue d’origine à savoir le berbère, un «kabyle fouss’ha», plaisantera M. Bouchama, autrement dit une langue «expurgée» et plus originelle selon notre ancien ambassadeur en Syrie. Mais avant d’aller plus loin dans l’évocation de la présence et de la trace des algériens de Bilad Echam, le conférencier a tenu, en guise d’introduction, à rappeler quelle réalité géographique et géopolitique recouvre cette appellation aujourd’hui. Bilad Echam, qui se confondra «la Grande Syrie» plus tard et jusqu’au 19ème siècle, regroupe la Syrie, la Jordanie, le Liban et la Palestine. Considérée comme une des capitales du monde musulman depuis le 7ème siècle sous les Omeyades, puis les Abbassides et enfin les Ottomans, (Echam serait une appellation dialectale de Damas), la région fut donc au cœur des guerres de religion, et de la reconquête de Jérusalem par Salah Eddine Al Ayoûbi (Saladin), lors de la troisième Croisade au 12ème siècle. C’est à cette lointaine période que les premiers algériens, plus généralement les premiers Maghrébins, (Berbères pour reprendre le terme de M. Bouchama) ont afflué vers la région. Émigration «belligérante», puisqu’il s’agissait de défendre la cause de la religion contre «les infidèles», qui eux-mêmes voulaient reconquérir la terre sainte face aux «infidèles» qui leur faisaient face, nous apprend M. Bouchama. C’est donc dans ce contexte d’affrontement que le Saint patron de la ville de Tlemcen, Sidi Boumediene, Choâïb Ibn Al-Hussain Al-Andaloussi (1126-1198), fait son voyage, relate le conférencier. C’est surtout l’occasion pour le voyageur de découvrir la richesse culturelle de la région, et de profiter des avancées et découvertes intellectuelles et scientifiques. Mais aussi, souligne M. Bouchama, d’apporter sa propre richesse venue du Maghreb. Sidi Boumediene rentrera à Tlemcen, mais d’autres algériens son restés à Bilad Echam et y ont prospérés.

Ce «flux migratoire» vieux de 8 siècles, qu’il fut continu, ou saccadé, selon M. Bouchama, ne s’est jamais tari. Et cette affirmation est venue pour éclaircir les circonstances de l’arrivée à Bilad Echam de l’Emir Abdelkader. L’Emir Abdelkader serait arrivé en exil Syrien, où il a trouvé un terrain favorable, à savoir la présence déjà très ancienne de ses compatriotes devenu membres à part entière de la région. Le conférencier poursuivra par l’évocation des circonstances dans lesquelles l’Emir Abdelkader aurait refusé par deux fois, au Français puis aux syriens, de prendre la tête d’un royaume du Cham rival de l’autorité Ottomane. «Mon royaume n’est pas de ce monde» comme en écho à la phrase de Jésus, dit l’Emir à un général Français. La conférence de M. Bouchama était également bien utile à un autre titre : maintenant, il ne nous est plus possible d’ignorer ce que les syriens vivent en ce moment même, il y a certainement parmi eux des algériens, ces lointains descendants de nos ancêtres, qui partagent leur malheurs.


Fodhil Belloul            la Tribune

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