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Tlemcen et mécènes

2011-04-16

Aujourd’hui, 16 avril 2011, après une mise en bouche nationale, débute la manifestation «Tlemcen, capitale de la culture islamique», dans sa dimension internationale. Son inauguration par le Chef de l’Etat coïncide avec la Journée nationale du Savoir qui fut décrétée en hommage au cheikh Abdelhamid Ibn Badis, à partir du jour de son décès, en 1940. On remarquera qu’à notre habitude mortifère, nous ne célébrons jamais – ou très rarement – les dates de naissance des grands hommes !
Dans le programme conçu pour la manifestation, tous les arts seront de la partie, de même que la littérature dans tous ses genres. La réflexion n’a pas été ignorée et de nombreuses rencontres intellectuelles ont été prévues. «Tlemcen 2011» se présente donc comme une occasion précieuse de penser la culture islamique et de se demander, par exemple, pourquoi elle paraît plus avancée dans son passé que son présent.




En effet, à mesure que l’on s’éloigne dans le temps, son étoile semble briller davantage. Bien sûr, l’histoire est loin d’être lisse. Tout ne fut pas grandeur, partout et toujours. Pourtant, dans le souvenir collectif s’impose avant tout l’image d’une extraordinaire ouverture sur les autres civilisations, depuis la grecque jusqu’à l’indienne ; d’une extraordinaire créativité dans tous les domaines de la science et de la création ; d’un extraordinaire raffinement des modes de vie... Si l’on prend le mécénat comme seul indice de comparaison, autant les exemples étaient innombrables par le passé, autant ils sont rares aujourd’hui. Les gens d’art et d’esprit disposaient de la manne étatique, telle qu’elle a pu être incarnée par les vizirs barkémides du IXe siècle, à Baghdad, ou encore par Saïf El Dawla El Hamdani qui accueillit au Xe siècle, à la cour d’Alep, des sommités comme El Moutannabi, Abou Firas ou Al Isfahani.



Ce mécénat officiel n’était sans doute pas toujours désintéressé, ni exempt de revers. Mais, sans lui, tant de trésors ne nous seraient pas parvenus et, sans doute, n’auraient-ils jamais vu le jour. Et, quand les sultans et gouverneurs manquaient à leur magnanimité, les fonctionnaires y suppléaient, de même que les marchands souvent instruits ou simplement amoureux du savoir et de l’art.
On peut donc se glorifier du passé de la culture islamique et s’efforcer d’en transmettre les richesses. On peut admirer les quelques pépites qu’elle produit encore, souvent, hélas, en marge ou en exil. Mais l’on doit s’inquiéter de l’inexistence d’un mécénat, aussi fort que celui du passé, pour soutenir les gens d’art et d’esprit et les protéger. Or, les Etats sont devenus avares en la matière, quand ils ne génèrent pas eux-même l’adversité par le mépris et la censure, tandis que les riches, pour la plupart, confondent la culture avec leurs véhicules quadrupèdes. Vouloir que la culture islamique rejaillisse de plus belle, passe par l’hypothétique renaissance du mécénat.


Ameziane Farhani            EL Watan

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